Maélandra Taural - Ou la Louve -

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Maélandra Taural - Ou la Louve -

Message  Maelandra le Ven 12 Sep - 19:38

PARTIE I :

Assise au pied d’un des majestueux arbres de Cimmérie bordant l’entrée de la grotte dans laquelle Maélandra avait trouvé refuge et repos depuis quelques lunes, elle fixe la grande cascade qui immuable ne cesse de déferler son contenu de vie dans les rivières coulant à ses pieds.
Contraste assez détonnant en ces terres où tant de vies étaient ôtées.
Méfiante, une louve aveugle soignée la veille par la jeune aquilonnienne, s’approche, vient se coucher près d’elle non sans l’avoir senti un long moment.
Posant sa frêle main sur le pelage de l’animal diminué, Maélandra lui murmure :

« Tu devrais être morte tu sais.
Les faibles n’ont pas leur place sur ces terres ! »
<elle hausse le ton comme pour s’en persuader>
« Et les étrangers aussi n’ont pas de place …. »

Elle pousse un long soupir en réprimant ses larmes d’un geste vif de la main.

« Enfin c’est ce que l’on m’a dit hier encore.. les étrangers ne sont que de passage d'après ce Grand Shaman, tu sais celui qui est ici parfois, celui qui m'a offert l'hospitalité. Celui qui grogne tel un ours, tu dois bien le sentir toi l'ours qui est en lui.
Aux yeux de ta meute tu es une étrangère à présent, tu ne sais plus te battre avec autant d’assurance, tu es un poids pour eux désormais ma belle. »

Soupirant, elle détourne le regard, et le dirige vers un corbeau qui vient de pousser un cri strident en les regardant. Avec rage, la jeune prêtresse fait fuir le volatile en lui lançant une pierre.

« Va-t’en ! son temps n’est pas encore venu, celui où tu pourras te nourrir de sa chair ! »

Elle ferme les yeux, et repense à ces temps paisibles où son père vivait avec elle.
Oh certes c’était un homme bien mystérieux, imposant, à la voix parfois rude et aux gestes peu démonstratifs quant à l’affection qu’il portait à sa fille, mais c’était un homme bon; sa mère adoptive, une vieille femme très discrète chargée de son éducation, et elle, ne manquaient jamais de rien, en dépit qu’ils ne faisaient pas parti des nantis de la ville noble de Tarantia.

Maélandra savait peu de chose sur son père hormis qu’il séjournait très souvent en Cimmérie, que ces longues absences étaient importantes pour l’Homme.
C’est d’ailleurs au retour d’un de ses plus longs voyages que l’Homme ordonna à Maélandra d’entrer à la fin de la saison des pluies au Temple de Tarantia pour y commencer sa formation de Prêtresse de Mitra.

C’était un ordre sans aucune négociation possible, la jeune femme le comprit très vite.

Elle ne savait pas ce qu’il faisait en Cimmérie, juste que ses voyages n’étaient pas d’agréments non.
Il revenait toujours blessé, mais toujours la tête haute.
Parfois il lui contait les paysages des terres qu’elle foulait désormais, mais sans jamais entrer dans les détails, ces détails qu’elle aimerait tant connaitre à présent.
Pourquoi venait-il ici ? Pourquoi vivait-il ici de longs mois.

Sa main se porte à son cou, pour sortir de dessous sa toge le médaillon donné sans explications par son père, avant son dernier voyage.
Elle le regarde longuement, le retournant.
Elle avait considéré ce médaillon comme un simple présent, un gage d’affection de son père à l’époque, sans plus de signification que cela, mais au temple, le prêtre qui avait commencé la formation de Maélandra lui avait assuré que le médaillon portait des caractères pictographiques Cimmérien, mais le sens lui en était inconnu.
Il lui faudrait en chercher la signification en Cimmérie, ou le demander à son Père à son prochain retour…

Malheureusement le destin en décida autrement, elle ne pourrait pas le demander à son père qui devait rentrer dans deux lunes.

Quittant le temple pour rentrer dans la modeste demeure familiale, pensive, elle ne vit pas surgir de l’ombre l’Homme qui après lui avoir asséné un coup violent sur la tête, l’enleva comme tant d’autres pour la conduire sur un bateau.
Sur celui-ci enchainée, elle du sa survie à son courage et à son opiniâtreté. A sa religion naissante, très probablement aussi.
Avec le recul, il était difficile à la jeune femme de définir combien de temps avait duré le voyage de l’humiliation vers Tortage…. Une semaine, deux ? trois peut-être, mais à tout jamais elle portait à présent sur sa chair et dans son âme la marque de ce sinistre voyage. Marque qu’elle n’aimait pas montrer, la cachant autant que faire se peut aux yeux des autres.

Caressant la Louve aveugle, sortant de ses songes du passé, elle lui murmure :

« La nuit va tomber, il vaut mieux que j’entre dans la grotte, il ne fait pas bon trainer dehors la nuit venue, et toi fait attention.. les prédateurs sont partout, et parfois là où tu ne les attends pas.
Je reviendrai demain voir comment tu te portes»

Laissant la louve s'éloigner dans un buisson, Maélandra entre dans la grotte proche, et sur un lit de feuille de fortune, elle laisse la fatigue l'envelopper de songe.




PARTIE II :


La nuit avait été agitée, le sommeil ne voulant venir que par bribes.
Tels des tambours entre ses tempes, les paroles du vieux Shaman avaient résonné toute la nuit dans l'esprit de la jeune prêtresse.

- Ls shaman : « Une fois ton père retrouvé, tu pourras reprendre ton chemin, tu n'auras plus besoin de notre protection dans cette grotte »

Les paroles du Shaman, et la vision d'un médaillon identique à celui qu'elle portait, Médaillon que Kulgaan, un des Cimmérien du clan l'ayant prise son aile, lui avait montré sans un mot la veille, tout cela méritait d'être élucidé !

Après s'être étirée, elle se leva, et sortie traire la chèvre accrochée au bout d'une corde tenue à un pieu enfoncé maladroitement dans le sol.
Chèvre qu'elle avait ramenée au prix de longues heures de marche, tant l'animal têtu refusait de quitter la prairie où elle broutait quand Maélandra l'attrapa.
Toujours aussi peu douée, elle remplit un pichet de lait qu'elle alla déposer sur la table dans la grotte, tel était le prix à payer pour l'hospitalité qui lui avait été proposé.

Pensive, elle resta là un moment en regardant les quelques Hommes Libres de la Toundra, qui avaient dormis ici dans la Grotte, puis sans un mot, elle sortit prendre l'air, s'éloignant sans un bruit.


PARTIE III :


Cela faisait plusieurs heures qu’elle marchait à la recherche de Kulgaan, fermement décidée à savoir pourquoi il lui avait la veille montré son médaillon, le même qu’elle portait au cou.

Arrivée au village le plus proche, elle demanda à l’aubergiste de la taverne tant fréquentée, s’i il était passé plus tôt.
L’Homme peu affable et peu aimable lui indiqua la direction dans laquelle Kulgaan était parti.
Surprise tout d’abord que l’homme confie à une Aquilonnienne l’information elle le remercia en posant un peu d’argent devant lui et sorti.

Arrivée à sa hauteur :

« Kulgaan, il faut que je te parle ! Tout de suite ! »

Il n’était pas courant que Maelandra use du tutoiement, bien que depuis peu, elle semblait s’accoutumer à cela. Vu leurs échanges des plus explosifs de la veille, le ton de Maélandra ne présageait rien de bon.

« Kulgaan, pourquoi m’as-tu montré ton médaillon, et en connais-tu le sens ? que veulent dire ces pictogrammes ? Pourquoi portons nous le même ? »

Autant de questions qui s’étaient bousculés dans son esprit tout au long de la nuit qu’elle lui jeta pelle mêle.

Des heures durant ils parlèrent ensemble, et peu à peu le voile qui obscurcissait l’esprit de la jeune femme se levait…
D’abord le médaillon semblable, puis un tatouage identique qu’ils portaient tous les deux, autant de signes qui laissaient bel et bien présager que Kulgaan était le frère de Maélandra… enfants de la même mère… et du père de le jeune femme, Valamis Taural, qui n’était autre que le nom du clan de Kulgaan.

Apaisée elle prit avec son frère la route du Champs des morts, ils avaient là-bas quelque chose à voir ensemble… à sentir ensemble...

Maélandra, était venu en Cimmérie pour rechercher son père, qu’elle ne renonçait pas à retrouver, c’est un frère qui était à présent à ses cotés.



PARTIE IV :


La nuit semble prometteuse, le ciel étoilé est clair, limpide ; des nuits comme elle les aime ; seule la brise trouble le calme pour lui rappeler qu’elle est bien vivante et libre.

« Je me demande ce que veut Kulgaan»

Dit-elle à la vieille louve assise à ses cotés.

«Il a dit que c'était important, que ma vie allait changer, mais que voulait t'il bien dire là»

Au loin, la jeune femme peut voir une silhouette approcher, celle de son demi-frère. D’un pas léger il avance.
Il lui avait demandé la veille de l’attendre à cette heure précise devant le donjon du clan.
Shen arrive aussi, également convié par Kulgaan.

Arrivé à la hauteur de Maélandra, Kulgaan fixe sa sœur, et d’un ton empreint de calme, fait rare chez le Cimmérien, il lui dit :

« Tu devras être forte Maé, tu ne dois pas avoir peur, juste être forte »

Maélandra perplexe, sans comprendre le sens profond des propos de son frère , lui emboite le pas vers le temple pour y rejoindre Ingolf, suivie de Shen, Cimmérien discret, fidèle à lui-même.

Le temps semble se dérober sous les pieds de la jeune femme.
Probablement est-ce du à cette boisson que son frère lui a fait boire avant d’entrer dans le temple où elle trouve le Vieux Shaman Ingolf assis au nord de celui-ci.

Comme en transe, le vieux Shaman est entouré de runes diverses, de l’encens laisse monter vers le plafond des volutes de brumes colorées.
Tout est calme, Maélandra est priée de s’asseoir au centre du temple, sans plus d’explication, mais confiante elle suit son frère du regard et s’exécute.

Des murmures, puis des paroles plus distinctes arrivent aux oreilles de la jeune femme.
Ingolf approche, s’agenouille devant Maélandra, lui saisie les mains et reprend ce qui ressemble à des incantations shamaniques.

« Namahc sed uaeb sulp el sius ej , Sertemitnec ed etnert Sahazaam>

La fumée dans le temple devient de plus en plus épaisse, voile la danse rythmée de Kulgaan par les sons sourds d’un tambour aux yeux de Maélandra.
Ingolf ordonne à Kulgaan d’aller le chercher… mais chercher quoi … ?
Kulgaan sort du temple et revient avec un jeune ours qu’il sacrifie sans égard pour l’animal, et en extrait le cœur.
Le tenant entre ses paumes il s’approche de Maélandra, puis tout s’arrête, seule la voix de Kulgaan est audible.

« Maé, maintenant tu dois me dire si tu veux devenir comme nous ! Devenir une Cimmérienne, apprendre notre culture, les esprits te regardent et n’attendent qu’un mot, oui ou non ?»

Dans un murmure elle prononce :

Maélandra : « Oui Kulgaan, mais une question avant : Crom acceptera t’il ma double culture ? Ou me bannira-t-il comme il sait le faire envers ceux qui ne sont pas dignes de vivre à ses yeux ?

Kulgaan : « Sa force coulera en toi, comme une vraie Cimmérienne, tu apprendras les runes, et l’instinct de survie en montagne, laisse l’esprit te guider. Si tu le veux vraiment, tu dois mordre dans ce cœur qui bât encore, et après ton esprit voyagera, Crom jugera, si tu dois vivre ou non »

Maélandra sans hésitation accepte, et à pleine dent, mord dans le cœur encore chaud de l’ours gisant non loin d’eux.

L’effet est soudain, brutal un choc qui fait perdre connaissance immédiatement à la jeune Prêtresse.

Son esprit voyage entre les cimes des monts proches, elle sent son corps transporté puis le froid, le froid de la pierre, du granit très probablement lui glace le sang.

Elle est étendue sur cette stèle, elle voit son père, elle voit les batailles, les guerres, les rites Cimmériens.
Des ours approchent soudainement avec pour seul volonté celle de la tuer, elle se bat, la souffrance qui lui déchire le bras ne semble pas retenir les coups qu’elle donne en hurlant, fermement décidée à revenir vers son Frère, vers Ingolf, vers Shen, vers Zak…

Des pas dans la neige, la douleur qui ne fait qu’accroitre sa volonté, la guident vers le chemin de retour, fin d’un voyage chimérique Ô combien riche en enseignement.
Elle leur fait face, fière.
Ingolf le vieux Shaman note que le regard de Maélandra a changé. Elle fait partie intégrante du clan.
Le vieux Shaman, épuisé se retire dans le temple, Kulgaan et sa soeur échangent de simples regards sans un mot.
Ils savent qui ils sont, ils savent ce qui les lie l'un et l'autre, et savent que leurs destins sont plus que jamais soudés l'un à l'autre désormais.
Frère et soeur de sang et d'âme.



PARTIE V :


Cela faisait plusieurs semaines que son frère avait disparu, que le clan des Hommes Libres avait repris son voyage.
Peuple nomade qu'il était, ils ne restaient que brièvement en un même lieu... c'est auprès d'eux qu'elle avait passé les dernières semaines, et elle n'oubliera pas leur chaleur en dépit de leur rudesse.

Venue en Cimmérie à la recherche de ses racines, elle n'avait plus que des souvenirs désormais en cette terre.
Des souvenirs, et les visions d'un voyage chimérique qui ne l'avait certes pas changé, mais elle comprennait désormais un peu plus la culture cimmérienne qu'elle avait souvent un mal de chien à saisir à son arrivée en Cimmérie.

Certes son éducation à Tarantia, faisait d'elle une soit disant lettrée, mais elle savait qu'au fond ses racines n'étaient pas simplement celles d'une demoiselle destinée à rester dans un Temple, et noble elle n'était pas, et ne le serait jamais.

Maélandra suivie de sa vieille Louve repris donc son voyage, voyage de retour vers sa terre d'adoption, l'Aquilonie.

Non sans une certaine satisfaction, les murs du Temple de Tarantia se dressaient devant elle de nouveau.
Temple qu'elle avait fuit quelques mois plus tôt, pour des raisons aussi personnelles que pratiques.



PARTIE VI :

Les voyages, les explorations, elle était dans l'âme une pionnière depuis quelques mois maintenant , enfin à sa façon...

Au froid des monts enneigés, force était de constater qu'elle préférait tout de même la chaleur d'un bon feu de bois, sur lequel elle aimait tant faire cuir un lapin chassé dans la journée et partagé avec quelques ami(e)s.

Toujours en quête de compréhension à propos des religions qui peuplaient l'Hyboria, Maelandra décida de s'intaller dans le Ville de Khémi.
Ici elle compléterait ses études de théologie, en dépit des difficultés rencontrées pour se faire accepter dans une ville où la méfiance était de mise à chaque coin de rue.
Une vieille femme Stygienne, lui offra l'hospitalité en échange de soins.
C'est donc dans une bien modeste demeure que Maelandra surnommée la Louve avait élu domicile désormais.
Il n'était pas rare de la voir parfois se promener dans la ville suivie d'une Vielle Louve aveugle qu'elle avait ramené avec elle.

Maelandra
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Re: Maélandra Taural - Ou la Louve -

Message  Varuca le Ven 12 Sep - 22:38

Un bien beau récit, qui nous renseigne sur ce passé si lourd de Maelandra.

Merci pour ce partage de ton histoire
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